Fonctionnement de la guitare classique

extrait du Bulletin du Groupe d’ Acoustique Musicale Université PARIS VI par Daniel Friedrich et Emile Leipp (juin 1977)

 

 

Principe de fonctionnement Système Table - Manche - Cordes Examens des Bois
Tables et Barrages Le Chevalet Le Fond - Les Eclisses

 

 

Pendant le 17ème et le 18ème siècle les guitares avaient leurs tables simplement renforcées par une barre disposée de chaque côté de la rosé . Exceptionnellement, et à l'imitation du luth, on plaçait une barre légère entre la rosé et le chevalet.
Vers la fin du 18ème siècle quelques essais apparaissent en France.

Marchai place une barre en biais entre la rosé et le chevalet mais la découverte capitale pour la guitare moderne semble avoir été faite en Andalousie à Cadix : Bénédit en 1.788 et Pages en 1.792 emploient déjà un dispositif de 5 nervures de bois .
Ils ont trouvé là un système de barrage révolutionnaire qui va différencier et séparer encore plus la sonorité de la guitare de celle du luth, lui donner son caractère que nous connaissons.

Antonio de Torres (1817 - 1892) a du connaître les guitares de Pages renommées dans leur temps et il a accentué le système en ajoutant deux nervures, et en portant les dimensions à 35 ou 36 cm pour la largeur maximale de ses guitares que l'on trouve vers 1860. [...]

Ce gain de poids considérable pour la table permet:
-plus de spontanéité dans la réponse
- plus de sensibilité
- plus d'amplitude maximale (plus de grave)
- plus de longueur de son, puisque les frottements internes sont moins importants dans une épaisseur de bois réduite.
A partir de la manière d'Antonio de Torres on a eu des basses très solides et un goût général pour ce type d'instrument qui a duré plus de cent ans. On observe depuis quelques années un léger mouvement en sens contraire. (Il faut garder en mémoire que la guitare s'est agrandie par les basses depuis la fin du 16ème siècle).
Tous les luthiers savent faire des instruments dotés de graves généreux... ce qui est difficile c'est de faire sur la même guitare des basses, des médiums et des aigus de qualité.

Rôle d'un barrage de table bien étudié:

l) Permettre l'installation d'un grand nombre de mode vibratoire et amplifier beaucoup des fréquences du signal très riche donné par la corde (la division en secteur, en parcelles de la surface vibrante, par un réseau de barrage permet la création de modes vibratoires complexes qui n'ont pas lieu quand la table est une simple plaque de bois) .

2) Faire du beau son, bien caractérisé et intéressant.

3) Ce barrage doit tenir longtemps mécaniquement, sous l'effet violent de la torsion produite par les cordes.

4) Ne doit pas être trop rigide. Cela donnerait un jeu, un toucher dur très facilement. Le son serait sec, dépourvu de souplesse, de moelleux et de grave.

5) Ne doit pas être trop souple : cela donnerait un gros son court, grave et mat avec un toucher très facile, mais des cordes qui "claquent" sous les doigts et une émission pâteuse dans les traits rapides, l'instrument sera plus vite saturé avec un jeu fort.

6) Le barrage ne doit pas entraîner de réactions anarchiques au sein du système "Manche-Table-Cordes".

7) Eventuellement on peut le prévoir susceptible de retouches, de repentir, d'ajustage après essais.

8) Le réseau de barrage peut limiter l'apparition de fentes de retrait. Fonction non négligeable pour renforcer une pièce de bois telle que la table, qui se trouve soumise à des tensions dues au séchage ou des relâchements dus à l'humidité.
L'importance du réseau de barrage de table est long à déterminer.
Il est établi en fonction des bois mis en oeuvre, et du but recherché, Les meilleurs résultats se tiennent souvent à la limite de résistance des bois et ceci rend très précaire la longévité du système.
Les guitares actuelles ont peu de réserve de solidité de ce côté barrage et ne sont pas faites pour durer cent ans avec le même son.

Mais il n'y a pas que le barrage qui conditionne la qualité du son émis. La nature du bois même de la table, de la plaque vibrante, est très importante et donnera pour commencer une couleur au son, une certaine qualité spécifique,particulière.
Chaque bois, à l'intérieur d'une même espèce, a un don, une propriété qu'il faut trouver. Il faut être doué pour faire un son très chaleureux, moelleux avec beaucoup de caractère, mais assez sombre et donner de l'opacité dans les accords, avec plusieurs sons superposés.
Au contraire un autre arbre peut présenter des qualités de longueur de son, de clarté; avec du mordant du brillant qui déterminera une guitare plus apte à jouer des oeuvres de Bach, que celles de Turina ou Villa-Lobos.
La guitare à tout faire n'existant pas (on ne peut demander en même temps les qualités d'une "brune" et d'une "blonde") le luthier devra se résoudre à un compromis, ou vendre plusieurs guitares à ses clients aisés... ce qui est le cas pour les guitaristes renommés, assez souvent.
Avec les corrections que peut apporter le barrage on peut modifier sensiblement et doser ces caractères différents (et faire preuve de maîtrise quand on en a l'ambition).

Remarque : De toutes façons notons que les vibrations de la corde diminuent plus ou moins vite pour trois raisons :

a) Opposition de la résistance de l'air aux mouvements de la table.
b) Frottements internes de la table en mouvements (qui transforme l'énergie communiquée en chaleur).
c) Frottements internes de la corde.

 

Bois employés

Deux espèces de bois résineux retiennent principalement l'attention des luthiers :

l) L'épicéa d'Europe (Picea Excelsa) poussant aux environs de mille mètres d'altitude, donne un bois à la texture solide.
2) Le Western Red Cedar Canadien (Tuya Plicata) qui croît en Colombie Britannique, près de l'océan Pacifique, fournit un bois plus tendre, plus fragile aux chocs (bois peu résilient) mais qui présente l'intérêt d'être toujours plus souple, plus élastique dans le sens de la longueur des fibres que l'épicéa. C'est en outre un bois peu amorti.
Ces deux espèces de résineux, très différents d'un arbre à l'autre peuvent être :

l - Amortis ou non (Ceci veut dire que quand on frappe légèrement une plaque de bois qualifiée "d'amortie" le son du choc est mat et disparaît très rapidement, absorbé par la matière. Quand le bois est sonore, "non-amorti", le son ou le choc de la percussion rend un son clair et long).
2 - Lourds ou légers.
3 - Fibreux ou francs de fil.
4 - De texture forte (comme l'acier) ou faible (comme le cuivre).
5 - Le fil du bois peut être bien droit, parallèle, ou en biais.
6 - Le bois peut être élastique ou rigide.

Examinons ce qu’on peut attendre d’un bois de table Amorti, souple et léger (tendre et mou). Sans correction par le barrage on aura beaucoup de difficultés à réaliser une guitare claire, spontanée, nerveuse dotée d’un son long. Ce sera plutôt rond et mat, sombre avec un son court. La guitare sera facile à jouer mais vite saturée. Un bois de table lourd et très dur donnera volontiers un son dur, sec, métallique, avec des harmoniques graves, faibles. Le résultat manquera de moelleux. Le toucher sera difficile, le son sera raide et peu sensible.

Le bois « idéal » se situera entre les deux extrêmes pour bien des luthiers.
On constate également que certains résineux ont les « fibres » bien accrochées, très solides (comme de l’acier).
Après dix ans d’usage, on voit peu de déformations et le son est resté bien timbré, vigoureux.
D’autres bois de même espèce ont lâché prise depuis longtemps et l’instrument ne présente plus que des basses plus ou moins timbrées. La partie centrale de la table étant complètement neutralisé, forcée, et "à genoux". Voici une contradiction irritante:

Pour les tables, si l’on veut un son avec une forte personnalité, du caractère, de la richesse il faut prendre un bois assez dur et rigide dans les deux sens, qui donnera des pointes de résonances très marquées.
Par contre ce sera un bois contraire, amorti qui donnera une réponse homogène, une égalité de niveau sonore.
Comme il faudrait un livre entier pour traiter des problèmes que le barrage et les tables posent, pour terminer ce chapitre inscrivons une règle d’or :

"On n'obtient pas de son complexe, riche, personnel avec du caractère ,sans un "barrage" complexe et personnel, réalisé sur une table très "c h o i s i e ".

C'est l'un des secrets.

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