Petit historique de la lutherie des instruments à cordes frottées ou pincées

par Joël Gruau

 

L’origine des instruments de musique est indéterminée, mais elle se confond probablement avec les premiers âges de l’humanité (utilisation de roseaux comme sifflets ou flûte de Pan, troncs creux comme tambour, corde à arc etc…).

Mais en se limitant aux seuls instruments à cordes (frottées ou pincées) de notre occident, l’instrument le plus ancien semble être la lyre des temps héroïques de la Grèce dont on faisait vibrer les cordes en les pinçant avec les doigts ou en les touchant avec le plectrum, sorte de baguette en ivoire ou en bois à l’extrémité légèrement crochue. Et la plus ancienne lyre semble avoir été la lyre pastorale dont le corps sonore se composait d’une carapace de tortue surmontée de 2 bras réunis vers le sommet par un joug auquel étaient fixées les cordes. C’était la chelys des Grecs et la testudo des latins dont on a fait le symbole même de la musique.

De même qu’il est impossible d’indiquer l’origine exacte du premier instrument à cordes, on se trouve dans le même embarras pour évoquer la substitution des cordes pincées par les cordes frottées. Certains spécialistes pensent que l’antique ravanastron de l’Inde est le premier instrument à cordes et à archet ; d’autres pensent que l’archet est une invention de l’Europe occidentale.

En effet, à l’époque du Bas-Empire, les bretons utilisaient le crouth (ou crwth) trithant (à 3 cordes). Le crouth gallois à 6 cordes succède au crouth trithant dès le Haut-Moyen Age.

La plus ancienne représentation d’un instrument à archet à mettre à l’épaule a été extraite d’un manuscrit du IXe siècle. Cet instrument, à une seule corde, est l’ancêtre des rebecs, gigues, viuelles, violes…(XIIIe au XIVe siècles).

Au XVIe siècle, la forme des violes varie à l’infini et le premier violon est développé à partir du dessus de viole à 3 cordes par Andréa AMATI (vers 1500-1505/ 1576 CREMONE) vers 1550. Le nom violon apparaît d’ailleurs pour la première fois en 1523 (vyollon). Le premier violon à 4 cordes d’AMATI qui nous soit parvenu date de 1555. Mais c’est surtout à la fin du XVIIe siècle que le violon acquiert ses lettres de noblesse avec Antonio STRADIVARI (1644/1737) qui a construit environ 1000 instruments et Giuseppe GUARNERI (1698/1744) environ 200 violons, tous les deux de l’école de CREMONE dont le créateur fut AMATI.

STRADIVARIUS porta d’ailleurs la forme du violon à un tel degré de perfection qu’elle n’a pas changé depuis et que ses violons et ceux de GUARNERIUS DEL JESU (Giuseppe qui signait JHS) ont servi et servent encore de modèles à la plupart des luthiers qui leur ont succédé.

Les seules modifications apportées depuis concernent l’alongement de la touche et le renforcement de la barre.

Parmi les luthiers du XVIIIe siècle, on peut citer les KLOTZ Père et Fils (Tyrol), Jacob STAINER et au XIXe siècle, les luthiers français et belges comme LUPOT, CHANOT, VUILLAUME, GAND et PAQUOTTE.

En ce qui concerne les instruments à cordes pincées, la guitare est l’un des plus répandus depuis l’époque médiévale et jusqu’à aujourd’hui. Très populaire, elle est présente dans tous les pays et participe à tous les styles.

Le mot guitare, emprunté au XIIe siècle à l’espagnol quitarra, lui-même issu de l’arabe qitara, désigne aujourd’hui l’instrument classique à caisse en forme de huit. Au Moyen-Age, le mot avait un sens plus large et servait à nommer la plupart des instruments à cordes pincées, munis d’un manche. Le mot luth, également issu de l’arabe, désignait tout ou partie des instruments de la même famille. Quatre types d’instruments peuvent être regroupés sous l’un ou l’autre de ces vocables ou se rapporter aux deux : maurache, guiterne, citole et luth.

La maurache est l’une des plus anciennes. Egalement appelée morisca, guitare mauresque ou sarrazine, elle est attestée depuis le 2e millénaire av.JC et nous est parvenue par l’occupation arabe en Espagne, les Croisades et les échanges liés au commerce avec l’Orient. La maurache se joue au moyen d’un long plectre souple. Ancêtre le plus lointain de la guitare, elle est également appelée luth à manche long en opposition au luth dont les proportions sont exactement inverses (volume de caisse et longueur de manche).

La maurache a progressivement disparu d’Occident après l’époque médiévale avec une survivance en France et en Italie, aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous les noms de colachon et colascione. En Europe centrale et au Moyen Orient, le bouzouki grec, le tar iranien, mais surtout la tambura yougoslave et le saz turc sont restés inchangés depuis le Moyen-Age.

Le luth est également connu depuis la plus haute antiquité. Issu de l’arabe « al ud » (« le bois »), le mot parvient en Occident par l’intermédiaire de l’ancien provençal lautz ou de l’ancien espagnol alod ou alaut. Les appellations varient, laud, alaude, laute, liuto, lute, mais désignent toutes le même instrument. Le luth a presque toujours une forme de demi-poire, le manche est court et large, le cheviller est collé à angle droit du manche.

L’instrument arabe originel, l’oud, est monté de 5 cordes doublées, le luth médiéval de 3 ou 4 cordes simples ou doublées. A la fin du Moyen-Age et à la Renaissance, le jeu du luth évolue par utilisation des doigts de la main droite. L’importance du luth au Moyen-Age et à la Renaissance est telle que les facteurs d’instruments de type guitare et violon se rassemblent en confrérie sous le nom de luthiers, terme encore en usage aujourd’hui.

La guiterne et la citole ont peu à peu été abandonnées au profit de la vihuela espagnole, héritée de la viole, permettant un jeu polyphonique, et qui deviendra la guitare classique.

Au XVIe siècle, la guitare a une forme oblongue, à peine déprimée des deux côtés, le fond est bombé, et le manche est déjà divisé par des cases représentant chacune un demi-ton. Mais l’instrument ne comporte que 4 cordes, simples ou doubles (appelées « chœurs »). Une 5e corde est ajoutée au milieu du XVIIe siècle. A ce moment, la guitare était en grande faveur à la cour de Louis XIV qui ne dédaignait pas d’y chercher lui-même un délassement. Robert de Visée, son maître, lui dédia quelques compositions.

La 6e corde fut ajoutée au début du XIXe siècle et on substitua le dos plat au dos bombé.

SOR, PAGANINI et BERLIOZ furent des adeptes de la guitare.

Malgré les productions de Mirecourt (Vosges) et la présence à Paris de 2 grands luthiers, René LACÔTE et Etienne LA PREVOTTE, la guitare subît une éclipse dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Vers 1890, un renouveau de la pratique instrumentale se dessina. Voici ce qu’en dirent les frères COTTIN, guitaristes, chanteurs et compositeurs populaires en 1892 :

« La cause principale de l’abandon de la guitare fut le perfectionnement des piano-forte qui vit bientôt se diriger vers son étude toutes les ambitions musicales et petit à petit la guitare fut définitivement reléguée dans l’oubli. […] le revirement que nous constatons aujourd’hui en faveur de la guitare devait forcément se produire. »

Mirecourt continue à produire des guitares « romantiques », mais c’est en Andalousie qu’Antonio DE TORRES construit l’instrument qui allait permettre à la guitare de progresser considérablement. Cette guitare, synthèse de différentes techniques constructives et d’innovations, a beaucoup plus de « coffre », de corps, de profondeur.

Après 1900, si Mirecourt continue longtemps encore à produire des guitares romantiques dont certaines sont d’excellente facture, les maisons Joseph FISSORE de Paris et PELISSON-GUINOT-BLANCHON de Lyon, en 1912, proposent exclusivement des guitares espagnoles modernes. Le catalogue de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne propose, juste avant la Première Guerre Mondiale, des instruments des 2 types.

Vers 1920, les guitares à cordes métalliques connaissent également un grand succès, avec les chanteurs populaires comme Tino ROSSI ou les guitaristes de jazz comme Django REINHARDT. Cette vogue vit arriver à Paris beaucoup de luthiers d’origine italienne (MACCAFERRI, JACOBACCI, DI MAURO, FAVINO…).

Mais on ne peut pas parler de la lutherie moderne sans évoquer l’apport de la lutherie américaine et de ses pionniers qui sont Christian Friedrich MARTIN et Orville GIBSON.

C.F.MARTIN (1796-1873) est né en Allemagne à côté de Dresde. Il a fait ses études de lutherie à Vienne, en Autriche, chez STAUFER qui fut l’un des plus grands facteurs de guitares allemands de la période romantique.

En 1833, il émigre aux Etats-Unis où, après New-York, il s’installe à Nazareth en Pennsylvanie.

Les guitares Martin sont fines et sobres, mais afin d’accroître le volume sonore, les dimensions sont agrandies (à l’instar des guitares de Torrès à la même époque) et le très efficace barrage en X fait son apparition.

C’est à son petit-fils Frank Henry MARTIN (1866-1948) que la Compagnie Martin & Co doit la plupart de ses modèles de renom des années 1920 et 1930 et le développement considérable de l’entreprise familiale. Actuellement, c’est Christian Friedrich MARTIN, 4e du nom qui en est le directeur.

Les guitares Martin, montées en cordes boyaux, ne seront équipées systématiquement de cordes métalliques qu’à partir des années 1920.

Orville GIBSON (1856-1918) est né à Chateaugay dans l’état de New-York de parents anglais immigrés. C’est un guitariste gaucher accompli, passionné de bois et de lutherie. Personnage excentrique, il applique à la mandoline et à la guitare les concepts du violon, c’est-à-dire une table et un fond voûtés, sculptés dans la masse. Ses instruments, très décorés et montés en cordes métalliques, rencontrent un joli succès qui donne naissance à Gibson Manufacturing Co en 1902. Installée à Kalamazoo dans le Michigan, elle délocalisera sa production en 1974 dans le Tennessee pour la guitare électrique et dans le Montana pour la guitare acoustique.

 

 

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