Jean Weinfeld, un luthier hors du commun

 

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La lettre de Jean Weinfeld

Publiée dans la revue "Pro-fonics", parue à un seul et unique numéro, à l'occasion du salon Musicora de 1986

 

 

On me demande de vous écrire, chers lecteurs et bientôt amis je l'espère, amis par centaines et, pourquoi pas, par milliers.

Je le fais avec empressement et avec l'intention avouée de vous associer, de près et de moins près, actifs ou sympathisants à l'aventure qui a commencé pour moi un après-midi de l'été 1980 quand, attablé Place ST-Germain une évidence m'a traversé l'esprit (et pourtant il faisait chaud !) : tu es fasciné par tous les instruments de musique, ceux d'hier et ceux d'avant-hier, tu les collectionnes, tu en tapisses les murs de ton séjour, tu les cherches aux quatre coins du monde; pourquoi ne les ferais tu pas toi même, peut-être ceux de demain, surtout ceux de demain, car ceux d' aujourd'hui tu ne sauras jamais les construire aussi parfaits que ne le font les luthiers du quartier de Rome?

Ainsi naquirent les FONICS. FOrmes Nouvelles pour Instruments à Cordes un jour d'été parisien, une naissance non programmée ni pour le nombre ni pour l'avenir qui sera le leur, mais dans la fièvre inconsciente de la création, qui n'est pas sans douleur. Ils sont trente aujourd'hui, famille nombreuse  et j'ai mis trente mois pour les réaliser.

Au départ je n'avais aucune ambition particulière quant à leur carrière future, juste le désir de projeter de sculptures dont la quatrième dimension serait le son. Je ne faisais que des croquis et taillais, pliais, inventais directement  dans le matériau au fur et à mesure qu'apparaissait et prenait forme l'instrument, comme le fait un sculpteur avec la glaise.

Le résultat n'était pas toujours conforme au croquis initial. J'avais le sentiment que le bois me guidait bien plus que je ne le façonnais. Bien obscurs sont les sentiers de la création, jonchés de doutes et d'interrogations que seule la passion permet de vaincre. J'en avais ! Il a bien fallu donner un nom à mes oeuvres qui, dans mon esprit se situaient entre sculptures et instruments à cordes (je ne collectionnais que des instruments à cordes) et je leur ai donné le nom de FONICS, Formes Nouvelles pour Instruments à Cordes. J'ai dit « pour » et non pas « des » instruments, car je redoutais, comme aujourd'hui encore le jugement des luthiers, des vrais, des professionnels, des maîtres.

Un jour un luthier, un vrai et un excellent (mais je n'en savais rien), frappa à la porte de mon studio. Il m' avait été envoyé par le marchand de couleurs de ma rue chez lequel je m'approvisionne en colle, papier de verre, vernis. « C'est bien ce que vous faites là », me dit-il, « même très bien ». Et il m'offrit spontanément de son bois, du vrai bois de luthier, et m' invita dans son atelier. S'il me lit, et il me lira, car c'est aussi à lui que sera adressée cette lettre, il apprendra que c'est à partir du jour de sa visite que commencèrent toutes mes audaces et toutes 1es entreprises qui permirent aux « Fonics » de prendre forme et de s'essayer au SON, afin que des sculptures au départ deviennent des instruments à part entière.

Je ne dissimule pas, cinq ans après, que la partie est loin d'être gagnée. Pour y arriver il me faut il nous faut le concours de plusieurs, beaucoup de persévérance et d'imagination et du matériaux implacable qu'est le temps devant nous.

C'est pourquoi je salue et remercie avec beaucoup d'émotion tous ceux qui m'ont aidé, accueilli et fait connaître avec les FONICS et aussi tous ceux qui aujourd'hui se joignent à nous, bons professionnels et amis précieux pour promouvoir, perfectionner et faire connaître les FONICS dans leur nouveau départ. Notre association, notre atelier de recherche et de réalisation qui est déjà en pleine activité, en seront les outils et les moyens.

Nous savons que notre tache ne sera pas facile car pour que de nouveaux instruments s'imposent il faudra qu'ils soient fiables, qu'ils soient produits chacun en plusieurs exemplaires, que les musiciens acceptent de souffrir pour s'habituer à des corps qui ne sont pas toujours faciles à épouser et, qu'enfin, des compositeurs imaginent une autre musique sans être surs qu' ils seront immédiatement et largement récompensés.

Que dire pour finir cette première lettre?

Eh bien, que je souhaiterai que les FONICS permettent un autre regard sur le monde des instruments à cordes un regard admiratif sans conteste et en toute sincérité sur  le passé et le patrimoine incroyable et splendide de la lutherie jusqu'à nos jours, mais aussi un regard neuf et impatient sur le présent et l'avenir.

Telle était dans son essence la démarche du « Bauhaus » dont je suis issu et dont je me réclamerai toujours.

 

Bien des choses à tous ceux qui m'ont fait l'honneur de leur amitié et tous ceux qui viendront. à nous pour travailler et rêver ensembles.

 

 

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